WWOOF – Construction de Earthship™

Après un super séjour à Mendoza avec les boys, on prend la route vers un village qui s’appelle Général Alvear, mais étonnamment c’était tranquille, pas de guerre ni rien de ça.

En amour avec le vin argentin, on se trouve un bon petit resto en attendant notre lift entre le village et la ferme que les gars avaient préalablement contactée depuis pratiquement un mois. Au resto, ils servaient des pichets de vin, donc on en a pris deux-trois tranquille en dinant.

Quelques heures plus tard, notre grand chum Esteban (le propriétaire du projet de la ferme) vient finalement nous chercher avec un pick-up des années 70, un vrai setup de champion.

En route vers la ferme, on fait notre premier stop chez un voisin éloigner pour se grailler en 5L de vin. Tout un bonhomme qui vendait ça, notamment quand il a pris soin de nous expliquer que le vin, selon les normes, ne peut pas dépasser un tel pourcentage d’alcool, mais le sien, puisqu’artisanal, le dépasse largement. Ce fait étant confirmé par moi et Jocelyn quand on s’est réveillé encore mêlé le lendemain d’une partie de cartes agrémentée de gorgée de vin.

Le projet de WWOOF en soi concernait majoritairement, sinon entièrement, la construction d’un bâtiment écologique de type Earthship. Le climat de cette région se prête bien à ce genre de bâtiment, se disant autosuffisant à tous les plans ; énergétique, approvisionnement en eau, source des matériaux, etc.

En effet, c’est un climat tempéré et relativement sec, un peu comme en Californie, d’où vient notamment le label Earthship™ de monsieur Michael Reynolds.

À notre arrivée, le projet est déjà bien avancé. Les murs et le toit sont déjà faits. La majeure partie des murs sont faits en pneu recyclé empilé en quinconce et remplis de sable « hautement compacté ». Pour le toit, il s’agit d’une structure en bois couverte de planche métallique.

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Le premier jour de travail, on s’est fait fragiliser notre mental assez vite. Nous avons préparé un mix de béton de manière un peu plus naturelle que Lafarge. Après avoir charrié des centaines de chaudières de fumier de vaches et d’argile de rivière, on a mis ça dans un trou et mélangé ça avec nos pieds. Le tout est ensuite couvert pendant deux trois jours afin de créer des composés liants. Le résultat donne quelque chose de relativement dur, mais je ne suis pas convaincu du tout de la perméabilité du matériau.

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Ça m’amène à critiquer de manière assez généralisée le concept de Earthship. Je pense que c’est principalement dû à mon côté de région nordique mixé avec le génie civil, mais je n’ai vraiment pas adhéré.

L’idée est noble de construire des habitations plus écologiques, mais la réalité est dure. Ces gens-là travaillent depuis plus d’un an sur le projet pour en arriver à ce que vous voyez sur les photos. Le bâtiment n’est même pas encore fermé et c’est déjà très humide à l’intérieur. Ça a pris 7 personnes pendant 8 heures pour fabriquer environ 1.5 m3 de béton, tout en prenant de l’argile dans le lit d’une rivière. Une partie des matériaux est recyclée (pneus, bouteilles de vin et boite de jus pour l’isolation) mais d’autres ne le sont pas ; bois et planche de métal pour le toit. C’est d’ailleurs l’épisode des bouteilles de vins qui me fait le plus critiqué le projet ; il avait des centaines de bouteilles sur le site qu’il fallait couper en deux pour conserver les parties du bas afin de les assembler et créer un cylindre de verre. Certains des murs sont faits de ces cylindres de verres et du béton naturel (voir photo). Le résultat est correct, certains trouvent même ça beau. Le processus est pourtant l’enfer. Imaginez-vous couper des centaines de bouteilles dans un environnement non contrôlé. Ça fait des éclats et de la poudre de verre partout, tout ça directement par terre. Que faire de la partie du haut des bouteilles ensuite ?

Autrement, le projet manquait de fil conducteur à mon sens. Les propriétaires avaient déjà deux bâtiments fonctionnels pour se loger et héberger les volontaires. Dans tout le site, il n’y avait aucune trace d’agriculture, d’arbre fruitier, ni d’animaux d’élevage. Si le mot d’ordre est autosuffisance, les batailles sont mal choisies.

Bref, à mon sens, une des problématiques de ce genre de projet maison est le manque de norme et d’expertise (ce qui est présenté comme un avantage du Earthship justement, c’est-à-dire que c’est accessible à tout le monde à partir de rien). Je m’imagine bien le village au complet puiser de l’argile dans rivière et couper des bouteilles de vitre à grandeur de leur terrain et disposer des déchets aléatoirement.

Dans tous les cas, c’est un modèle de construction qui s’applique mal au Québec, même si certains l’ont adapté et fait quelque chose de viable. J’encourage plus les innovations technologiques qui vont dans ce sens d’autosuffisance, mais qui montre une prise en charge plus complète du cycle de vie et permettent un déploiement à grande échelle.

 

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