Tragédies d’Asie du Sud-est ; Cambodge mis à Zéro

Mais d’où proviennent la gentillesse, l’extrême politesse, les sourires et le comportement des Cambodgiens ?

Certainement pas des guerres depuis des millénaires et surtout pas du Génocide cambodgien !

Évidemment, nous ne sommes pas de redoutables historiens et sociologues prêts à vous raconter ces évènements de long en large. Il existe des briques de 1000 pages pour traiter ces sujets plus exhaustivement.

Au moins, par le biais de cet article, nous aimerions mettre à vos yeux l’une des tragédies historiques qui ont marqué l’Asie du Sud-est.

En ordre chronologique des évènements, il y eut d’abord (et trop longtemps) la fameuse Guerre du Vietnam qui se termina en 1975. Ensuite, le 17 avril 1975 les Khmers rouges s’emparaient de Phnom Penh, la capitale du Cambodge pour instaurer le « Régime démocratique du Kampuchéa » à saveur de communisme profond.

Toutefois, dans l’ordre chronologique de notre voyage, nous avons appris sur ces deux tragédies dans l’ordre inverse.

Commençons donc par le Cambodge ! Petit pays aux richesses naturelles limitées, le Cambodge est aujourd’hui encore dévasté par les années de terreur imposées par les Khmers rouges. L’appellatif « Khmer rouge » était utilisé pour nommer les dirigeants à la tête de la révolution du Cambodge. Il faut savoir une panoplie de choses et connaître quelques prédispositions historiques pour comprendre la naissance de la révolution. En gros, le Cambodge était, et est encore aujourd’hui aux mains d’un régime monarchique (un roi qui dirige). Au fil des années, le roi connaissait des hauts et des bas de popularité, chose normale.

Il faut savoir que le Cambodge n’a jamais pris position durant la Deuxième Guerre mondiale ni pendant la guerre du Vietnam. Le prince Sihanouk (équivalent du premier ministre) semblait vouloir jouer neutre.

Ancienne colonie française, le Cambodge a toujours gardé des liens forts avec la France. D’ailleurs, c’est dans leurs années d’études universitaires en France que la plupart des leaders de la révolution ont modelé leur idéologie. Ils ont eu la chance de lire les écrits de Marx, de fonder des partis d’étudiants et de préparer la révolution tranquillement. Pol Pot, le Hitler du Cambodge, faisait d’ailleurs partie de ceux-ci.

L’armée Khmer rouge, après des années de lutte, autant contre les impérialistes américains que pour le contrôle des villes du Cambodge, conquit finalement la capitale. La prise de Phnom Penh s’est déroulé le « Glorieux 17 avril », jour de la libération du Cambodge. Quelle ironie. Le « Glorieux 17 avril » devenait d’ailleurs l’hymne national du nouveau Cambodge : le Kampuchéa démocratique.

La révolution avec donc lieu, et préparez-vous, ça va brasser. L’idéologie de « l’Angkar », entité dirigeante du régime et de la révolution, était spartiate, extrémiste, irréaliste.

Pour commencer tranquillement, le jour de la prise de Phnom Penh, il ne suffisait pas de la « prendre ». Les forces armées l’ont vidé ! Vider une ville de ces millions d’habitants ? Deux choses ; où vont-ils et quelle motivation incite à vider une capitale ? La révolution était tout ce qui a de plus pure en termes de communisme. Tellement pure que tout ce qui appartient à l’idéologie impérialiste doit disparaître. On vide donc les villes, car elles regorgent de voitures, de produits industrialisés et sont en elles-mêmes des produits de l’occident. Les citadins étaient donc priés de regagner leur village natal, pour ceux qui en avaient un ! Les autres qu’ils se trouvent une place où vivre dans un village. Quand on vide, on vide à la Khmer rouge. Les hôpitaux, les ambassades, tous. Au Cambodge il fait environ 35-40 avec un soleil de plomb sur l’heure du dîner. Il est relativement impossible de travailler/marcher sans se déshydrater durant les heures chaudes. Imaginez-donc le résultat de vieillards sortis de force des hôpitaux, de jeunes enfants, des femmes enceintes et des gens malades qui se retrouvent sur le bord des routes nationales, sans ombrages, tentant de se rendre dans un village à pied à des dizaines, voir centaines de kilomètres. Les horreurs commencent. Les cadavres commencent à apparaître le long des routes, les Khmers exécutent les récalcitrants qui restent en ville et détruisent les symboles de l’occident ;  pharmacie et médicament, voiture, etc.

Tout ceci était glorieux, c’était la libération, la révolution pour un Cambodge meilleur. Après le vidage de Phnom Penh, les mesures nationales pouvaient débuter. Le mot d’ordre était d’accroître la production de riz, pour accumuler des surplus, les vendre sur les marchés extérieurs et enrichir le pays. Des méchants visionnaires de prospérité économique les Khmers rouges ! La majorité des terres, sinon la quasi-totalité sont fertiles à la culture du riz au Cambodge. Immense plaine inondable par la crue du Mékong, la culture du riz est effectivement la ressource #1. Pendant des années tout tourna autour de ça. Retour aux sources à l’extrême. Toute la population était dédiée à l’agriculture.  Les conditions étaient inimaginables ; 10 heures par jours au soleil, 7 jours par semaine. Tout était rationné. Par exemple, pour une journée de travail, c’était une demi-boîte de riz, ce qui donne environ une tasse. Du riz blanc et de l’eau pas toujours potable mélangés à la surexploitation du corps, vous imaginez les résultats ! Les travailleurs utilisaient leur heure de dîner pour parcourir les forêts à la recherche de jeune pousse de bambou ou d’herbes fraîches pour « compléter » leur alimentation. Sans compter que les services médicaux sont minimes, voire inexistants. Pour accéder à l’indépendance, le Cambodge doit produire ces propres médicaments disaient-ils. Possédant une grosse expertise pharmaceutique, les villageois incapables de faire de l’agriculture inventaient des médicaments à base de racines et d’écorces !  Visiblement, ce n’était pas très fonctionnel, car le régime déclarait en 1976 aux autorités du Vietnam que la majorité de son peuple était atteint de paludisme et le choléra faisait aussi de grands ravages. Tout ceci inspiré en grande partie par l’époque prestigieuse de la cité d’Angkor.

Me direz-vous ; où est le génocide là-dedans ? Comme si cela n’était pas suffisamment horrible et drastique, il reste le pire.

Les Khmers rouges voulaient tout purifier. Ils voulaient changer l’idéologie, instaurer de nouvelles valeurs, une révolution profonde. Voilà des prémisses historiques des génocides de l’Histoire.

Ainsi, commença les dizaines de milliers d’exécutions. Parfois un, parfois une famille, parfois une boîte de camion au complet, la fraternité n’existait plus. Qui était ces gens que l’on exécutait ? Tout le monde qui marchait contre la révolution, plutôt qui ne marchait pas avec la révolution. Pire, même ceux qui marchaient avec la révolution, mais qui avait une profession initiale autre qu’agriculteur était généralement tué ; ancien militaire (du régime gouvernemental), enseignant, médecin, ingénieurs, cadre administratif, employé de l’état, pharmacien, cadre d’usines, etc. Aussi, tous ceux qui osaient parler contre l’Angkar étaient tués, sans chance. Les autorités obligeaient les enfants à espionner les membres de leurs villages (dont leurs parents) pour rapporter des faits susceptibles de motiver l’exécution de quiconque. Des témoignages rapportent des histoires d’horreurs à la tonne.

Le régime réussit à durer des années et laissa aujourd’hui un pays encore dévasté. Imaginez les impacts de perdre la majorité des enseignants, des médecins, des administrateurs de l’état, etc.

Le Cambodge est aujourd’hui une nation souriante comme elle a toujours été. Ils sont chaleureux, aimables et charmants, mais ça se voit et ça se sent même 30 ans plus tard.

Quelques ouvrages de référence pour ceux qui veulent en savoir plus :

  • Cambodge, année zéro de François Ponchaud
  • Le Génocide au Cambodge de Ben Kierman
  • Derrière le sourire khmer de Charles Meyer
  • S-21 ou le crime impuni des Khmers rouges de David Chandler

 

Vous pouvez évidemment aussi nous poser des questions !

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