Au royaume des militaires, des bizzareries et des bouddhistes

Après une escale à Bangkok, votre fidèle compagnie Air Asia vous débarque dans une autre capitale du Sud-est asiatique. Encore une énorme ville de quelques millions d’habitants. Premiers pas à l’aéroport, ça va. Bâtiment moderne, les douaniers sont blindés d’armoiries, indications en anglais et voilà déjà à la sortie après avoir récupéré vos premiers « Kyats ».

C’est maintenant la ordre de chauffeurs de taxi, attendant les « p’tits pâles » comme des vautours, qui vous amènera au centre-ville. Le premier venu est sans doute celui qui  a durement gagné sa priorité au fil des années dans sa mafia locale de taxi. Il est sympathique, magané par la vie, ses dents sont d’un orange déconcertant, et surtout, il sait où est votre hôtel. Après une première négociation, descendant d’au moins trois fois le prix initial, vous filez au centre-ville à une heure de route, pour 9 $.

En route, vous voyez que des autos de 20 ans d’âge minimum et elles sont rares passé 21 :00. Les motos, aucune. Votre chauffeur, à chaque lumière rouge, ouvre sa portière et crache un épais liquide rouge-orange foncé sur la chaussée. Étrange.

Quelques minutes après l’apparition de la pagode la plus emblématique au monde, vos yeux de laïc n’en reviennent toujours pas. Elle était loin et baignait dans une douce lumière mettant ses tonnes d’or en valeur. Finalement, vous arrivez dans le pire des pires guesthouses jamais vus, à 25 $ en plus. Après un bon 30 secondes de bombe aérosol à plein  régime, le gars de l’hôtel vous laisse déposer les sacs. À part étouffer comme ci vous veniez de sniffer du poivre, ça a l’air de sentir bon. Jusqu’à ce que l’odeur des eaux usées regagne son droit, sans effort, car la plomberie ne dispose pas de « coudes ». C’est d’ailleurs la norme nationale.

Alors, où êtes-vous ?

Les vieux connaisseurs diront en Birmanie et les jeunes voyageurs au Myanmar. C’est la même chose, bravo tout le monde. Précisément, cette scène est à Yangon, Rangoon pour les Colons anglais. C’est actuellement la capitale officieuse, car la capitale officielle, ils l’ont fait construire en plein milieu de la jungle après recommandation rigoureuse d’astrologues.

N’allez pas croire que c’est romancé. Tout ce qui est raconté ici est « vrai ».

La nouvelle capitale, Nay Pwi Daw, a couté des milliards pour « rien ». C’est l’emblème de la démesure d’un régime militaire délirant au pouvoir depuis 50 ans. Que des édifices gouvernementaux (vides), dont le palais du Généralissime avec un accès de 20 voies. Hôtels de luxe, jardins, golfs, etc. Là où ça fait mal au bon sens, c’est quand on comprend et on voit que la population vit avec moins de 500 $ US par année.

Pour faire une histoire courte, il y a cinquante ans, le Général Aung San fut assassiné dans une réunion de conseil exécutif. Depuis ce coup d’État, c’est une poignée de généraux qui dirigent « le pays ». Cinquante ans de déchéance, de blocus économique majeur, de décisions irrationnelles et d’oppression ont transformé la riche Birmanie au misérable Myanmar. Au moins, dans cette misère, l’espoir commence à renaître. Le Général Aung San a eu le temps de léguer au peuple qu’il aimait sa fille, The Lady, Aung San Suu Kyi. Après plusieurs années de lutte, de rassemblements improvisés, de visites des groupes ethniques, les efforts du NLD (National League for Democracy) mèneront peut-être à quelque chose. Ce parti, Aung San Suu Kyi  qui en est Secrétaire générale pour répondre au besoin de son peuple et pour honorer les idéaux de son père. Le parti a même remporté officiellement une élection. Elle fut plus tard réprimée par le régime et Suu fut enfermée dans sa maison pendant 15 ans, loin de son mari mourant et de ses deux fils au Royaume-Uni. C’est d’ailleurs en 2012 qu’elle a remporté le prix Nobel de la Paix, qu’elle n’a même pas pu récupérer en mains propres dû à son enfermement chez elle. Aujourd’hui, Suu est libre et l’opinion publique va bon train (sans être trop réprimée). Au point que l’astrologue le plus renommé du Myanmar prévoit l’Arrivée de Suu au pouvoir d’ici juillet 2014 ! À nous de suivre cette libération du peuple birman de près ! Le film « The Lady » (2011) est excellent à ce sujet. Ce n’est pas un documentaire endormant, mais un film émouvant, croyez-nous. Nous avons pris une photo devant la maison de Suu !

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Maintenant, parlons de bizarreries, de particularités et de jamais vu;

  • Dans la capitale, les motos c’est NON !
    La raison est simple. Un jour, l’un des généraux s’est fait rentrer dans sa voiture par un motocycliste. Ensuite, afin d’éviter le terrorisme, les motos furent interdites à Yangon.
  • Dans la rue, les vendeurs ambulants se promènent avec des cages remplies d’oiseaux. Il est donc possible d’acheter des oiseaux pour…les laisser s’envoler ! Pratique courante signifiant probablement des actes de bonté. Nous avons d’ailleurs vu un moine s’exercer à cette pratique avant de l’imiter !
  • La noix de bétel !
    Véritable culture de la « chique » en Birmanie. Enroulées dans une feuille avec quelques ingrédients suspects, elles se trouvent dans la bouche d’une majorité de Birmans. Aussi, elle laisse sa trace. Si ce n’est que de détruire complètement la dentition, les crachas orangés tâche les planchers et les poubelles et s’accumule dans des contenants horripilants.
  • L’astrologie, une science quotidienne importante.
    Les Birmans croient beaucoup à celle-ci. D’ailleurs, il est possible de se faire lire les lignes de la main à n’importe quel coin de rue de Yangon, spécialement près des sites religieux. C’est cocasse au niveau individuel, mais traumatisant au niveau politique. Des décisions politiques sont parfois prises en fonction de l’astrologie…
  • Des kiosques qui vendent de l’inconcevable.
    Pensons entre autres aux potions de forces, essentiellement des marinades de scorpions, serpents, etc. Aussi, les vendeurs d’ossements, dont des crânes de chèvres entiers !

Ce quelques exemples étant les plus remarquables, une journée « ordinaire » en Birmanie aura toujours quelque chose pour vous surprendre !

Autrement, l’Asie du Sud-est est bien connue pour le bouddhisme. Le Myanmar est toutefois remarquable en termes de cultes religieux et de vie monastique. La majorité des hommes que vous rencontrerez auront, un jour ou l’autre de leur vie, été moine. La communauté religieuse est d’une telle importance qu’elle intervient parfois dans la politique et l’opinion publique. D’ailleurs, à la suite d’une hausse radicale de la part du régime militaire dans le domaine des transports, il y a eu un soulèvement de a population. C’est dans une manifestation en 2007 que le régime a commis l’impensable ; ouvrir le feu sur les manifestants, dont les intouchables moines !

Si ce n’est pas les habitants qui traduisent l’importance de la religion, les milliers de stupas, de pagodes et de temples le montrent certainement. Tout cela sans compter des emblèmes bouddhistes de calibre mondial. Pensons entre autres à la Pagode Shwedagon à Yangon, les incommensurables Temples de Bagan et le mystique Rocher d’Or. Ayant visité ces sites, on vous donne des détails de ces merveilles du monde dans notre autre article sur la Birmanie !

One Comment

  1. wow….à vous lire, j’avais l’impression d’y être…

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